Denis Felix




Mali - Ethnie Sénoufo - Korodougas :

Les Sénoufos vivent de la terre. Pour ce peuple essentiellement agriculteur, la nature est au centre de la vie comme au cœur de leur croyance. Les Sénoufos communiquent avec les forces de la nature et le monde invisible où vivent les ancêtres et les génies. Les sociétés initiatiques nombreuses et variées ont longtemps eu le monopole de l’éducation et du savoir. Aujourd’hui on y enseigne encore entre autres l’éthique, la justice, l’astronomie et la phytothérapie.

Les Korodugas que les ethnologues ont appelés « bouffons sacrés », sont un sujet difficile et complexe parce que très riche de sens symbolique, teinté d’occultisme et chargé d’un contenu hautement philosophique. Le Koroduga est un symbole vivant. Tous les attributs qui composent son accoutrement ont une valeur symbolique et sacrée. Le symbole principal qui a déjà fait couler beaucoup d’encre dans toutes les cultures, reste celui de l’oiseau. Messager des dieux, il représente les niveaux supérieurs de conscience.

L’initiation concerne les hommes adultes entre 30 et 40 ans. C’est la dernière initiation de l’âge adulte. L’initié exerce le Korodugaya pendant 7 à 9 ans. Après ce temps de pratique ils intègrent la classe des sages qui dirigent le village.

Les Korodugas sont vêtus de haillons. Les haillons signifient que l’apparence n’a aucune importance. Ils rappellent à chacun que l’humilité est la première ligne de conduite du Koroduga. Il porte en bandoulière un grand sac de toile dans lequel il fourre tout ce qu’on lui donne. Le Koroduga ne possède rien si ce n’est la générosité des gens. Le Koroduga porte un grand chapeau conique décoré d’un bec d’oiseau et couvert de plumes le reliant au ciel, rappelant l’origine céleste de Koro Tché Douga. Les plumes sont censées communiquer l’énergie solaire, source de vie. Une est obligatoirement une plume de vautour et confère symboliquement à l’initié la même puissance de transmutation que le charognard. Le Koroduga devient alors un alchimiste capable de transformer la mort en vie nouvelle, le mal en bien, la peine en joie.

Les initiés portent un grand collier fait de grosses fèves rouge sombre et blanches qui poussent dans le bois sacré. Le collier sert de protection et de chapelet. Un Koroduga peut sortir sans son chapeau, pas sans son collier.

De par sa fonction de conciliateur, le Koroduga peut être amené à révéler des vérités cachées, dénoncer des défauts ou des vices et ainsi susciter des jalousies ou des vengeances. De plus, pour un sorcier, tuer un Koroduga est un honneur. Son âme vaut cher car c’est un être pur destiné au bien. Il a besoin de protection.

Les ancêtres, les génies, le chapeau, le collier le protègent mais aussi Kafala, le fétiche des Korodugas qui est apparu en même temps que le Korodugaya. Les animistes n’apprécient pas beaucoup le terme de fétiche. Hérité du portugais, il signifie factice, illusoire et ne correspond ni à leur croyance ni à l’objet à la matière sacralisée. Le fétiche est en réalité un outil spirituel, émetteur et récepteur de forces.

Aux attributs du Koroduga s’ajoutent : un éventail et une cloche. L’éventail évoque une aile bienveillante dont les battements apportent la fraîcheur au corps fatigué et appaisent les esprits tourmentés. Le Koroduga agite son éventail de manière rythmée lors des cérémonies, mais il l’utilise aussi quotidiennement dès qu’il rencontre une personne.

Le Koroduga a continuellement recours à l’humour et à la plaisanterie. Ce mode d’expression favori a conduit les ethnologues à traduire Koroduga par bouffon.

Le voyage fait de lui un Koroduga complet, un véritable messager du bonheur.

L’animation tient une place importante dans la vie des initiés, mais leur rôle ne s’arrête pas là. Ils sont les serviteurs dévoués de tout le village. Ils assistent les anciens lors des cérémonies sacrées. Ils réparent et entretiennent les lieux de culte. Ils dirigent ou accomplissent les travaux collectifs. Quand ils sont en tête d’un travail collectif, il y a toutes les chances que cela soit bien fait car ils pratiquent une forme de "gloire au travail". Ils ne reçoivent pas de salaire. Ils agissent pour le bénéfice du village, l’harmonie qui en résulte est leur salaire.

Chez les Korodugas, c’est le nom qui confère l’autorité et non l’âge contrairement à ce qui se pratique dans le monde profane. (Ewa Santamaria Helft)


Inde - Tribus forestières : C’est en Inde que l’on rencontre la plus importante population indigène au monde.

Les Jenukurubas vivent de cueillette, de racines (naregenasu), de miel. De nomades, ils sont devenus sédentaires, n’ayant pas d’autre choix, ils se transforment en cultivateurs. Leur culture ne comprend ni conflit ni notion de salaire.

Aujourd’hui, la biodiversité est mise à mal dans certaines forêts par la plantation de teck, d’ eucalyptus.... les plantes médicinales, les fruits, les racines, les petits animaux et les oiseaux semblent y disparaître progressivement. D’autres forêts sont transformées en parcs nationaux, afin de préserver des espaces naturels, posant la question des tribus indigenes.

Ces tribus ont longtemps vécu en harmonie avec la forêt, considérée comme mère nourricière protectrice et sacrée.Ces gardiens de la forêt vivent en symbiose avec elle et revendiquent un modèle de “durabilité”.

Historiquement, le gouvernement colonial britannique utilisa pour le seul profit de l’empire les ressources forestières, et déplaça les populations indigènes. Le leader rebelle Birsa Munda provoqua de nombreuses révoltes et les anglais durent promulguer en 1908 la loi foncière de Chotanagpur, interdisant le transfert de propriété à des personnes “non tribales”. Un an après l’indépendance, en 1948, la loi changea et les forêts devinrent privées et protégées, retirant de fait le droit de gestion et de propriété aux tribus.

Au nom du développement , de “l’écologie”, la banque mondiale vise à priver ces tribus de leurs droits et à couper leurs liens économiques, sociaux et culturels avec la forêt. Les population sont déplacées, leurs droits sont de fait supprimés .

Certaines villages (tribal haadi Manimoole, tribal haadi Goluru) grâce à des Organisations (Fedina, Rajagopal) arrivent à se maintenir en bordure de la forêt, d’autres (Bommalapurada Haadi) sont déplacées et laissées pour compte dans des conditions de survie précaires.

La question de leur survie et de leur mode de vie reste suspendue à la gestion équilibrée de la forêt indienne.

Toutes ces photographies ont été réalisées en Inde du Sud, entre le Tamil Nadu, le Karnataka et le Kérala. Mes remerciements les plus vifs à Duarte Baretto (Organisation Fedina – Bangalore).


Inde - Dalits :

Dalits signifie “Homme Brisé” en Hindi. Ils sont entre 170 et 200 millions.

Jugés “impurs” dans le système de castes, ils vivent pour l’immense majorité d’entre eux en dessous du seuil de pauvreté dans des conditions de misère extrême.

Bien que depuis 1947 la constitution indienne interdise l’intouchabilité, les dalits vivent essentiellement en milieu rural où le système de caste reste très présent. Population marginalisée, l’accès aux ressources communes, l’accès à la terre, l’accès aux contrats de travail, l’accès aux temples, leur est difficile voire souvent refusé.

De très nombreuses organisations se battent au quotidien pour faire valoir et rétablir leurs droits...

Toutes ces photographies ont été réalisées en Inde du Sud, entre le Tamil Nadu, le Karnataka et le Kérala. Mes remerciements les plus vifs à Duarte Baretto (Organisation Fedina – Bangalore).